Ce 7 Février 1999, des Académiciens, sortis du laboratoire de Sol béni, se dressaient devant le géant, l’ en finale de la Super Coupe d’Afrique. Au terme d’un match (3-1) où ils alliaient à la perfection spectacle et efficacité, ils permettaient à l’Asec Mimosas de remporter le trophée de la Super Coupe d’Afrique. La stupeur générale d’avant-match avait laissé place à une euphorie ambiante. Une nouvelle génération venait de voir le jour et laissait présager une carrière radieuse pour ces génies du ballon rond. Pourtant 11 ans après, le bilan est bien mitigé.  Pour Jean Marc Guillou (JMG), cette génération était programmée pour évoluer dans les plus grands championnats européens. Si Zokora Didier, , , Baky Koné ont côtoyé le haut niveau, certains de leurs « frères d’armes » n’ont pas connu la même réussite. Comment  cela peut-il s’expliquer ? Quelles en sont les raisons ? Ont-ils fait les bons choix ? Que sont-ils devenus ? Enquête sur ces espoirs déchus…

Les choix sportifs

Zokora Didier a été le premier des Académiciens à être transféré. Le milieu de terrain du FC Séville a atterri à Genk où il s’est imposé en patron. Après lui, ont suivi Aruna Dindane qui s’est taillé une vraie réputation de buteur à Anderlecht puis Touré Kolo qui a convaincu à Arsenal.  Un premier jet qui sera suivi de cinq autres arrivées en Europe. Il s’agit de , ,  Touré Yaya, et Zézé Venance constitueront quant à eux le premier contingent des Académiciens du KSK Beveren. En faisant débarquer des gamins talentueux en  Belgique, « JMG » a découvert un système qui ne leur garantissait aucune sécurité en matière de transfert. « En Belgique, il n’existait pas un cadre de protection des joueurs. Les jeunes formés pouvaient partir quand ils le souhaitaient », révélait le père formateur Jean-Marc Guillou. Le technicien français  trouvait donc la parade  par le biais d’un partenariat avec Arsenal.

Cela dit, tous n’y ont pas eu droit.  Diakité Ibrahim alias Amuah après un bref passage à l’Espérance de Tunis  s’est laissé convaincre par les pétrodollars du club d’Al Jazeera  d’Arabie Saoudite. Si financièrement, l’ancien meneur de jeu des Mimos n’a rien à regretter, n’empêche qu’il avait des prédispositions pour évoluer dans un championnat et un club plus huppés. Comme lui, Koutouan a lui aussi quitté le club de Lorient pour répondre au très lucratif contrat que lui proposait Al Jazeera aux Emirats Arabe Unis. « Aux Emirats, les athlètes sont bien traités, parce que les dirigeants aiment le beau spectacle. Je n’ai pas envie de m’étaler sur l’aspect financier. Je suis aux Emirats pour faire mon métier. Je veux bien aller en Europe, mais j’attends des propositions concrètes », assure TonyDe son côté, Djiré Abdoulaye n’a pas connu, lui non plus, une carrière  comme on le lui prédisait. L’ancien capitaine des Mimos a vecu le moins bon et vit à l’heure actuelle le pire. (voir interview) « Je n’ai pas fait le bon choix », confie Junior. L’ex-milieu de terrain s’en veut même  puisqu’il avoue avoir «  privilégié à l’époque  l’aspect financier plutôt que le sportif », révélait Junior.

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Beveren, un bon tremplin ?

Pour Jean-Marc Guillou, l’idée était de faire de Beveren, un sol Béni bis. Convaincu qu’en rachetant le club Belge, cela lui servirait de tremplin sur le vieux continent afin de pouvoir alimenter les clubs européens. « Je suis arrivé en 2001 à Beveren avec le projet d’apporter un centre de formation à ce club qui n’en avait pas. En Belgique, on n’est pas vraiment avancé en matière de formation », reconnait Jean-Marc Guillou. Beveren devait servir donc de point de départ européen à sa jeune garde.  Pourtant, le résultat escompté ne s’est pas produit.

« Ce projet n’est pas simple. Le fait de vouloir amener beaucoup d’étrangers, surtout d’Afrique… on pouvait s’attendre à une intégration difficile. Cela s’est fait petit à petit »

Le club n’a jamais pu s’imposer en Belgique. Il a finalement été relégué en seconde division. Comme le reconnaît Guillou, ses joueurs se sont heurtés à un problème d’adaptation. « Ce projet n’est pas simple. Le fait de vouloir amener beaucoup d’étrangers, surtout d’Afrique… on pouvait s’attendre à une intégration difficile. Cela s’est fait petit à petit »confiait le formateur .Aussi, de tous les pensionnaires issus de la première promotion, seuls N’dri Romaric s’en est-il véritablement sorti.  Gervinho, Emmanuel Eboué, Touré Yaya sont  tous issus de la seconde promotion. La grande majorité, quant à elle,  n’a pas réussi à se trouver un point de chute après le passage en Belgique.

Victimes des agents véreux

Jeunes et pétris de talent, les Académiciens suscitaient beaucoup la curiosité. Et forcément, ils finissaient par  attirer les regards des agents de joueurs. Encore que ceux à qui  certains académiciens ont eu affaire n’étaient pas des philanthropes. Très jeunes à l’époque, certains n’avaient d’yeux que pour des espèces sonnantes et trébuchantes. Alors forcément le premier agent venu avec des liasses de billets était considéré comme le sauveur qui avait les clés du  paradis.

 « J’ai été déstabilisé par le manque d’honnêteté de mon agent. Vous vous dépensez sur le terrain et lui se contente de se faire de l’argent. Cela a profondément joué sur ma carrière », a confié Zézé Venance

 Zézé Venance et Djiré Abdoulaye peuvent en témoigner. Zézéto, chouchou des actionnaires,  révèle qu’il a été traîné de club en club par son agent. « J’ai été déstabilisé par le manque d’honnêteté de mon agent. Vous vous dépensez sur le terrain et lui se contente de se faire de l’argent. Cela a profondément joué sur ma carrière », a confié Zézé Venance. Junior n’a pas été plus heureux puisque lui aussi avait confié son avenir à l’agent Russe. « Le seul regret que je peux avoir c’est d’avoir croisé la route de cet individu. Il m’a fait énormément du tort »,regrette encore Junior.

Le talent individuel en question

Y a-t-il à s’interroger sur le talent réel des joueurs de l’Académie ? A première vue non puisque Zézéto,  , Joss, , Zézéto ou encore Junior étaient de la bonne graine. Au plan local, ils ont fait leur preuve. « Pour ceux qui nous ont vu évoluer, que ce soit en Côte d’Ivoire comme en Europe, ils ont toujours été convaincus que nous avions du talent. Ce n’est donc pas à ce niveau le problème »,confiait Zézé Venance. « Je pense qu’il nous a manqué un petit truc », ajoute  Djiré Abdoulaye.  Pourtant à l’heure de la confirmation de leur talent, la magie s’est envolée. Le cas de Zézéto par exemple reste l’un des plus complexes. Considéré comme le meilleur de sa génération, l’ancien attaquant de l’Asec n’est jamais parvenu à s’imposer. 

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En France comme en Ukraine, il n’a pas retrouvé ses attributs d’affoleur de défense. Sa carrière en Occident n’a pas suivi la trajectoire que lui prédestinait son savoir-faire. Etait-il bien armé moralement ? A l’évidence non puisque qu’un joueur comme  Touré Yaya, issu de la seconde promotion a suivi pratiquement la même trajectoire. Mais à l’inverse de Zézé Venance, Gneri a fini par se révéler aux yeux du monde après un périple en Ukraine puis en Grèce. Fort de caractère et sûr de son talent, Gneri est le symbole de  la combativité.

Des blessures incurables

Comme Zézéto, le cas de certains académiciens laisse bien des regrets. Jocelyn Péhé est un  exemple patent. Après avoir ébloui par sa vision de jeu et ses ouvertures, Joss  n’est pas parvenu à se frayer un chemin chez les pros. La faute essentiellement à une blessure au genou. Un mal qui l’a empêché d’exprimer son talent. Du coup, son avenir pour le football s’est assombri jusqu’à faire disparaître son nom des feuilles de match puis des pelouses.

« Vous savez les doigts de la main n’ont pas la même taille. Nous n’avons pas tous eu la même chance. Je dis que certains ont eu plus de vaine. D’autres pas. Et c’est comme ça la vie », relativise Junior.

Tony Koutouan, lui également  n’a pas été verni. A Lorient avec Koné Baky, il a souffert également d’une blessure au genou qui l’a tenu à l’écart des débats de la Ligue 2. Ce en dépit d’un début prometteur.  Aujourd’hui c’est Djiré Abdoulaye qui traite un genou douloureux. Un mal pernicieux qui l’a obligé à rompre son contrat avec le club ukrainien de Metalist Kharkov. Pour Djiré Abdoulaye, il s’agit  tout simplement du destin. « Vous savez les doigts de la main n’ont pas la même taille. Nous n’avons pas tous eu la même chance. Je dis que certains ont eu plus de vaine. D’autres pas. Et c’est comme ça la vie », relativise Junior.

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Le défi physique

Pour certains joueurs issus de l’académie, la nature n’a pas été généreuse avec eux sur le plan physique. Gilles Yapi Yapo dit , Péhé Jocelyn dit Joss, Dansoko Mamadou alias Madinho ou encore Koné Bakary dit Baky, n’ont pas un gabarit  forcément impressionnant. Si la technique ne souffrait d’aucune contestation, leur  physique ne  leur assurait pas une longue carrière. Aussi Jean-Marc Guillou s’était-il inquiété de leur adaptation au haut niveau. “Baky a 17 ans tout comme Joss. J’espère qu’ils vont encore grandir, car avec cette taille, ils risquent d’éprouver de grandes difficultés face aux rudes défenseurs européens”, a fait savoir le père formateur. Et l’ancien milieu de terrain des Bleus ne s’était pas trompé. Si Koné Bakari (1,63 m) a pu résister en Ligue 1, il a été pendant deux saisons la cible des défenseurs adverses. A Nice, il ne se passait pas une seule rencontre ou « Pélé » n’était pas rudoyé. Sa rapidité et sa vivacité obligeait ses gardes du corps à user de pratiques peu orthodoxes pour l’arrêter. Pour Jean Marc Guillou, la taille importait peu. ” Personne ne pouvait croire en un attaquant de 1m 63. Mais moi, je ne m’attache pas à la taille des joueurs, je cherche à évaluer leur talent. Celui de Baky est immense”, ajoute encore Guillou avant de reconnaître que « la majorité des joueurs formés manquait de puissance ». Si Baky a pu s’exprimer en dépit de tout ça,  Joss lui n’a pas eu cette chance. Milieu génial, il ne se remettra jamais de sa blessure au genou. , lui, après un passage prometteur à Nantes n’a pas eu le coffre pour tenir la place d’organisateur que lui avait laissée Eric Carrière parti à Lyon. Frêle physiquement, il a dû s’exiler en Suisse.

Une vie anti sportive ou extra sportive

Très tôt enivré par la gloire et l’euphorie qui gagnent les stars, les Académiciens se sont laissés griser pour la plupart. Déjà à Abidjan, leurs performances leur avaient donné de la cote auprès de la junte féminine. On prêtait ainsi à plusieurs d’entre eux des aventures amoureuses diversifiées.  Aussi en vacances à Abidjan, n’hésitaient-ils pas à écumer les sésames de bombance pour des soirées animées.  Un mode de vie qui forcément ne fait pas bon ménage avec le sport surtout celui du haut niveau. Bien d‘entre eux en ont fait les frais malheureusement.

La formation : gage de réussite ?

S’il n’y a pas grand-chose à dire que la qualité de la formation des académiciens, la réalité a démontré que la formation n’assure pas forcément une réussite à tout prix. Le cas des Académiciens déchu en est la parfaite illustration. Et l’Académie Mimosifcom n’est pas la seule à voir certains de ses pensionnaires passer à côté d’une carrière pleine et riche. Des centres de formations prestigieux comme ceux de l’Ajax d’Amsterdam, du FC Barcelone,  de Nantes ou encore d’Arsenal ont connu leur  lot d’espoirs déçus.  En clair la formation est une chose, la réussite professionnelle en est une autre. Jean Marc Guillou en était conscient. Ce n’est donc pas fortuit quand il affirmait à propos de l’avenir de ses gosses que  « Nous sommes honnêtes avec eux. Quand ils rentrent à l’Académie, nous leur disons que nous allons leur donner les moyens d’y arriver mais qu’il n’y a aucune certitude. Au moins, s’ils n’arrivent pas à devenir professionnels, ils vont rester chez eux et sortir avec un niveau scolaire plus élevé que celui qu’ils auraient eu dans leurs quartiers. En plus, ils partent de chez nous avec des vertus auxquelles nous tenons comme l’honnêteté, le courage et le respect ».

Kader Guilavogui

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